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Des acteurs et des histoires

La presse qui reste sous l’emprise du raisonnement électoraliste ne considère pas Jean-Louis Borloo comme acteur à part entière : c’est l’UMP, le Président Sarkozy, la majorité future, qui sont au centre de leurs questions.

Même ceux qui approuvent l’attitude de Jean-Louis Borloo, Dominique Paillé par exemple, le font pour écrire l’histoire suivante : il fait bien de prendre des distances, pour renforcer la majorité de droite, pour lui apporter une bouffée d’oxygène, pour infléchir la politique gouvernementale. JLB nous cacherait donc l’histoire qu’il souhaite lui-même conduire : il crée un rapport de force permettant de revenir dans une majorité qui conduirait une politique plus en accord avec ses convictions et projet.

Misère de la pensée politique ?

Le storytelling Jean-Louis Borloo est peut-être d’une toute autre nature…

Tout d’abord, il se vit comme acteur central d’un processus qu’il compte bien conduire, avec d’autres acteurs bien repérés, au travers d’une « alliance républicaine, écologiste et sociale », et dans un contexte bien précis, qui est celui des présidentielles 2012 et de ses considérables enjeux.

La vraie question est de savoir si cette histoire est celle que les citoyens, les citoyens plus encore que les électeurs, vont eux-mêmes se raconter.

 

Une émission politique pas comme les autres

 

Arlette Chabot nous dit « au revoir », Jean-Louis Borloo fête ses 60 ans… Mais surtout, il règne une atmosphère incroyablement rafraichissante, joyeuse, sincère, intelligente, et respectueuse ! Même les concurrents politiques apportent leur pierre à cette fête démocratique. Nous ne sommes plus à la télévision !

C’est que tous, à part le journaliste Alain Duhamel, qui continue ses numéros ringards, se laissent emporter, consciemment ou non, dans un scénario de rencontre avec un homme en rupture. Le contexte est favorable à un tel storytelling, qui fonctionne. Les activations de peur et de dépression mentale qui sont la recette de la majorité actuelle semblent ne plus être le terreau d’histoires crédibles. Ne sont-elles pas même perçues comme un gavage insupportable ?

Qu’est-ce donc que cette rencontre avec un personnage politique qui, enfin, incarnerait de l’humain et du réel, de l’implication et de la distance humoristique, du bon sens et de la vision stratégique, du long terme et du réalisme immédiat… ?

Les Dernières Nouvelles d’Alsace, à la suite de cette émission :

On a retrouvé Jean-Louis Borloo. Le Borloo originel. Celui qui s’était démarqué de la classe politique française dans les années 90 par son style décalé et son ancrage dans le réel. Hier, pour le soir de ses 60 ans, il a pris un coup de jeune, délivré des conformismes, des formules alambiquées et des justifications laborieuses qui gageaient sa loyauté calculée envers un Nicolas Sarkozy dont il n’a jamais vraiment épousé la vision, ni la sensibilité.

Seule aspect saillant qui soit en décalage dans cette histoire : la « fidélité » au gouvernement auquel il a appartenu. Comment écrire un futur différent, clairement décalé, tout en restant solidaire du passé même avec lequel on se démarque ?

 

Qui se raconte quelle histoire ?

Ce scénario d’émancipation est crédible pour ceux qui le vivent, semblable, à leur propre échelle : les citoyens qui ont eu ce parcours d’adhésion à la majorité et à sa politique, puis de distance et de rejet. Mais les autres : ceux qui peuvent adhérer à une perspective « républicaine, sociale et écologiste », à une offre politique leur apparaissant comme réellement nouvelle ? Tout dépend de la manière dont ils se racontent la suite de l’histoire : s’ils pensent gagner, avec JLB, les présidentielles et les législatives, pour être associés à la réalisation concrète d’une telle perspective, le scénario devient partagé et peut être une histoire gagnante. L’une des conditions énoncées est que Jean-Louis Borloo écrive aussi concrètement une histoire qui ne soit pas Top Down.

Si la pression médiatique, les sondages, les concurrents, figent l’histoire sous forme de simple rapport de force au sein de la droite, ces citoyens là ne développeront pas le scénario JLB. Même si JLB vient en tête des pronostics dans ce contexte, et s’y trouve soutenu, la droite actuelle, les lambeaux de ce rassemblement électoral UMP qui n’aurait, pour ceux qui partagent cette logique, fonctionné qu’une seule fois (pour les présidentielles de 2007) : c’est une histoire JLB très édulcorée que ces citoyens craindront de devoir vivre.

Si la perspective « républicaine, sociale et écologiste«  ne sert qu’à « organiser (…) l’aile sociale, l’aile humaniste de la majorité », comme le dit Jean-Louis Borloo lui-même, alors le storytelling JLB ne prendra pas et, comme candidat, il se retrouvera au mieux en 4ème place des présidentielles. Si les citoyens de sensibilité sociale, humaniste, écologique, et républicaine, pensent que « Ce sera une alternative au PS et une alternative à l’UMP », comme Jean-Louis Borloo le dit, bref, une alternative à la crise actuelle de la société politique, il peut alors donner une vraie perspective, au-delà des clivages gauche-droite, qui ne sont plus piour ce public des réserves crédibles d’histoires politiques, voire arriver au second tour.

Ainsi va le storytelling dans un cadre d’élection présidentielle, même lorsqu’il n’est pas réduit aux logiques électoralistes… Un storytelling à suivre, sous l’angle de l’émancipation : sur quoi et jusqu’où, des citoyens et les équipes de Jean-Louis Borloo iront-ils dans une histoire très attendue d’émancipation ?

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